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Publié par des-patriotes-de-france

L'obstination antidémocratique du chef de l'Etat a poussé le pays dans le chaos. Photo ©AFP

L'obstination antidémocratique du chef de l'Etat a poussé le pays dans le chaos. Photo ©AFP

Esta es la ruta para salir el hijueputa ! (“C’est comme ça qu’on va dégager le fils de pute !”) Le slogan fait fl orès sur les barricades de Caracas. Jour après jour, manifestation après manifestation, le pays réel échappe à l’emprise d’un régime qui prétendait s’être identifi é à la volonté du peuple. Le “fils de pute”, c’est le chef de l’État, Nicolás Maduro, successeur de Hugo Chávez, l’apôtre de “la révolution bolivarienne” décédé en mars 2013. Quatre ans après sa disparition, le Venezuela, miné par des émeutes meurtrières, s’enfonce dans le chaos. Les routes sont bloquées, les écoles privées ont suspendu leurs cours, les médias sont réduits au silence. Qu’importe, la colère se propage. Les ménagères tapent dans des casseroles vides en guise de protestation contre les pénuries chroniques de denrées et de médicaments dans les magasins et les hôpitaux, tandis que leurs époux, frères ou fi ls aff rontent une police poussée à traquer sans pitié « les éléments contre-révolutionnaires ».

Longtemps encensé en Europe par les nostalgiques du marxisme, en France par Jean-Luc Mélenchon ou en Espagne par le mouvement Podemos, le chavisme, ce « socialisme du XXIe siècle », comme le décrivait lui-même son initiateur, a entamé son agonie. Mais avant de disparaître, le président Maduro a prévenu : il se battra par tous les moyens. Quitte à armer, selon la menace de cet ancien chauff eur de bus promu grâce au syndicalisme, « un million de miliciens et de miliciennes ». De fait, la capitale, Caracas, est devenue un champ de bataille. La garde nationale et la police sont épaulées par les milices chavistes, les colectivos. Et autour du président, une garde formée de soldats cubains forme l’ultime carré. En face, si l’opposition a su mobiliser, c’est parce qu’elle est convaincue que l’épreuve de force est inéluctable. Le pouvoir refuse l’alternance. Depuis la victoire éclatante de l’opposition aux élections législatives de décembre 2015, où elle remporte deux tiers des sièges, le régime bloque le fonctionnement des institutions. Bien qu’intégrée dans la Constitution, la procédure référendaire destinée à destituer le chef de l’État a été annulée ; les élections régionales prévues en décembre 2016, une autre victoire promise à l’opposition, sont sans cesse diff érées. Mais c’est une décision, prise en mars dernier par la Cour suprême, qui déclenche la colère populaire. Les juges, nommés pour leur fi délité à la “révolution bolivarienne”, ont tout simplement dessaisi l’Assemblée nationale de ses pouvoirs législatifs ! Avant de faire marche arrière sous la pression des États voisins…

Privé d’alternance, le peuple est descendu dans la rue. Car l’échec du chavisme est patent. Au cours des trois dernières années, on estime que le PIB du pays a fondu de 30 %. Selon les estimations du FMI, il devrait encore baisser de 7,4 % cette année.

Le désastreux bilan économique du chavisme

Le contrôle des prix a entraîné une pénurie et un essor du marché noir : aucun producteur ne veut vendre aux prix administrés, sans aucun lien avec la réalité des coûts. D’où une valse des étiquettes et une hyperinfl ation (1 660 % prévus en 2017) qui ont fait basculer les couches populaires dans la contestation. Au même moment, le gouvernement fait marcher la planche à billets à plein régime. Résultat, le taux de pauvreté, que Chávez avait réduit en puisant dans la manne pétrolière et en distribuant des largesses dans les barrios, les quartiers populaires, s’est envolé pour rejoindre ses niveaux d’il y a dixhuit ans — autour de 70 % selon des évaluations indépendantes. L’eff ondrement du prix du baril de pétrole, pratiquement l’unique exportation du pays (96 % des recettes), n’explique pas à lui seul, loin de là, le naufrage de l’économie. Le régime a laissé se dégrader l’appareil de production d’hydrocarbures : les cadres de la compagnie publique PDVSA ont été nommés davantage en récompense de leur fi délité au régime qu’en raison de leur compétence. Un ratage colossal dans un pays détenteur des plus importantes réserves d’or noir au monde (entre 20 et 30 % du total). À partir de 2003, grâce à la fl ambée des cours des hydrocarbures, une pluie de pétrodollars tombe, pourtant, dans les caisses de l’État. Mais le régime dépense à toutva et se moque d’investir pour l’avenir : la dette nationale extérieure quintuple en quelques années. L’argent du pétrole sert alors à acheter la paix sociale, à choyer les forces armées, à fi nancer le régime “frère” castriste à Cuba. La corruption fait le reste. Lorsque les prix de l’or noir se retournent à partir de 2014 et dégringolent, le pays se retrouve vite à court de devises. Le seul prêteur international resté fi dèle est la Chine. Comment dès lors continuer à acheter à l’extérieur les produits de première nécessité que le pays ne produit plus, en tout cas suffi samment ? PDVSA est si mal gérée qu’en octobre 2014, le Venezuela est contraint d’acheter du pétrole à l’Algérie, car le sien est devenu trop coûteux à produire. Un comble !

La destruction de l’économie vénézuélienne a d’abord frappé les plus démunis. Privés d’antibiotiques, parfois même de savon, les hôpitaux publics du pays ont vu le taux de mortalité des nouveau-nés de moins de un mois multiplié par cent entre 2012 et 2015, selon les chiff res offi ciels. Durant la même période, le taux de mortalité des mères a quintuplé. La criminalité se déchaîne. Entre 1995 et 2015, le taux d’homicides est passé de 20,3 meurtres pour 100 000 habitants à 90. Avec plus de 10 assassinats par jour, la capitale est devenue l’une des villes les plus dangereuses au monde.

Comment sortir de la crise ? Le pays peut-il échapper à une guerre civile larvée ? « Le gouvernement s’est assuré le contrôle de l’armée, laquelle, de son côté, a intérêt au maintien du régime, explique Eduardo Rios, docteur associé au Ceri Sciences Po. Maduro lui a en eff et concédé de nouveaux espaces, par exemple dans la banque. » Le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino López, a été ainsi nommé à la tête du programme de production et de distribution des vivres. La bureaucratie est, de fait, noyautée par des offi ciers fi dèles. En outre, « si le régime tombait, soutient Dany Bahar, membre de la Brookings Institution, certains parmi les plus hauts gradés risqueraient d’être mis en jugement pour corruption et trafic de drogue, comme d’ailleurs quelques-uns des offi ciels les mieux placés du gouvernement. » Face au régime, l’opposition réclame la tenue d’élections, l’ouverture d’un canal humanitaire afi n de soulager la misère des plus démunis et la libération des prisonniers politiques, au premier rang desquels Leopoldo López, condamné sans preuves, en 2015, à quatorze ans de prison pour incitation à la violence à travers des « messages subliminaux » (sic). Désarmée, elle ne plie pas pour autant. Bien que déclaré inéligible pour les quinze années à venir, son dirigeant, Henrique Capriles Radonski, ne cède pas à l’intimidation : « L’Amérique latine a tourné le dos à la dictature, le Venezuela ne sera pas une exception. »

Faudra-t-il attendre la prochaine présidentielle, en octobre 2018 ? Mais comment s’assurer que l’héritier du colonel Chávez consentira, s’il est défait dans les urnes, à partir, alors même qu’aujourd’hui il viole allègrement la Constitution ? « Maduro met en jeu sa survie, estime Eduardo Rios. Il va continuer à s’accrocher au pouvoir malgré la situation. Il me fait penser à ce coyote dans les dessins animés qui continue à courir dans le vide. » Au-dessus du précipice.

 

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